2. Huldrych Zwingli (1484 - 1531)

De sa naissance à sa nomination à Zurich

Huldrych Zwingli est né le 1 er janvier 1484 à Wildhaus (environ 50 km au sud de St-Galle, dans une haute vallée du canton de Toggenburg). Il a neuf ou dix frères et sœurs dont au moins deux meurent jeunes. Deux de ses sœurs entrent au couvent.

Après une formation scolaire, entre autres à Bâle et Berne, Zwingli fait ses études à Vienne à partir de 1499 puis, à partir de 1502, à Bâle où il passe son examen de maîtrise en 1506. Le professeur bâlois le plus important pour lui est Thomas Wyttenbach. Après ses études des arts libéraux (« artes liberales »), Zwingli fait 6 mois d’études de théologie. À partir de l’été 1506, il est curé à Glaris, non loin de Wildhaus, son village natal.

Très tôt, Zwingli prend position dans une affaire politique. Il s’agit du service de mercenaires, très courant à l’époque dans la Confédération helvétique. Ce service rapporte beaucoup d’argent aux villes : une ville mettant à disposition une partie de ses jeunes hommes pour le service de mercenaires reçoit de l’argent. En 1506, on débat à Glaris de l’armée à laquelle les mercenaires de la ville doivent être affectés : à celle de l’empire de Habsbourg, de la France ou du pape. Zwingli prend position pour l’armée du pape. Pour lui, les soldats sont l’arme du crucifié contre les ennemis de l’Église - il s’agit donc d’une espèce de Guerre Sainte. En 1513, Zwingli est aumônier militaire et accompagne environ 500 soldats de Glaris combattant dans l’armée du pape. L’expérience de la guerre le fait réfléchir. En 1515, l’armée du pape avec les soldats de Glaris subit une défaite. Dans la ville de Glaris, l’opinion publique bascule et les habitants sont de plus en plus en faveur des vainqueurs français. Ceci pose un problème à Zwingli, resté fidèle au pape : il quitte Glaris et devient prédicateur à Einsiedeln, un lieu de pèlerinage ancien avec un grand monastère. Au cours de ses deux années à Einsiedeln, le caractère politique de son engagement, très important jusque-là, s’atténue. Son activité de prédicateur et ses études personnelles et scientifiques passent au premier plan.

En effet, c’est probablement en 1516 que Zwingli se convertit à la Réforme. Il dit de lui-même qu’à partir de cette date, il a « prêché l’Évangile. » Il lit des ouvrages scolastiques et ceux des Pères de l’Église et apprend le grec de façon autodidacte pour pouvoir lire le texte original du Nouveau Testament. Zwingli devient un théologien érudit. Il découvre également la philosophie du célèbre Erasme de Rotterdam dont les enseignements l’impressionnent, mais ne se contente pas simplement de les adopter. En quoi consiste son « Évangile » ? Pour apprécier la conversion à la Réforme chez Zwingli, il n’y a pas lieu de s’interroger pour savoir si Zwingli arrive à une « conclusion de la justification » similaire à celle de Luther. Zwingli choisit son propre chemin. Sa conversion aux idées de la Réforme se manifeste surtout dans l’importance primordiale qu’il accorde à la Bible, allant jusqu‘au « sola scriptura », « l’Écriture seule. » Il ne s’agit pas seulement d’une décision rationnelle, Zwingli souligne plutôt l’autorité des Saintes Écritures parce que ce sont elles (et non l’Église avec son pouvoir clérical) qui transmettent l’évangile, la bonne nouvelle d’un Dieu philanthrope. Dans les années qui suivent, Zwingli amplifie et approfondit ce processus de la connaissance des idées de la Réforme.

Les débuts de la Réforme à Zurich

En automne 1518, Zwingli est nommé à la charge de prédicateur de Zurich. Sa fonction principale est le prêche. Et il commence avec une particularité : il ne choisit pas ses prêches en fonction des péricopes mais interprète chronologiquement les textes de la Bible. Ainsi, il se prononce contre la domination de l’année liturgique et suit l’ordre chronologique de la Bible.


Panorama de Zurich
D’après la « Chronique suisse » de J. Stumpf, Zurich, 1547

Jusqu’en 1522, Zwingli approfondit continuellement sa connaissance de la Bible. Dans ses prêches, il se prononce contre le service de mercenaires - et obtient gain de cause : en 1522, ce service est interdit par le conseil de Zurich.

C’est également en 1522 que commencent les conflits publics. Le 9 mars a lieu un repas ostensible dans la maison de l’imprimeur Christophe Froschauer. On qualifie ce repas d’ostensible parce que les participants mangent des saucisses en plein carême : deux saucisses fumées sont coupées en petits morceaux et distribuées entre les personnes présentes. Zwingli est présent mais ne participe pas au repas. Les jours suivants, d’autres infractions à la loi du carême sont commises. La nouvelle se répand vite dans la ville de Zurich, le conseil intervient et ouvre une enquête judiciaire.

Deux semaines seulement après « le repas de saucisses », Zwingli prononce un prêche ayant pour thème le carême. Ce prêche est publié en avril 1522 sous le titre « Du libre choix des mets. » Zwingli défend ici un concept évangélique de la liberté : les chrétiens sont libres d’observer les commandements et règlements établis par les hommes, il n’est pas absolument obligatoire de respecter ces lois « humaines. » La loi du carême est justement un règlement humain, ecclésiastique. Et comme cette loi ne se base pas sur une autorité divine, c’est-à-dire sur l’autorité de la Bible, il n’y a pas d’obligation d’observer la loi du carême. En même temps, les chrétiens sont libres de ne pas user excessivement de cette liberté, car ils ne vivent pas de cette liberté.

Le concept de la liberté selon Zwingli

(Extrait du traité « Du libre choix des mets » (1522). Traduit par A. Leuchtweis et A. Golay, Montpellier, mars 2004, d’après l’édition allemande Huldrych Zwingli, Schriften vol. 1, 37-39.62)

Leur foi en Dieu n’est plus assez forte pour qu’ils n’aient confiance qu’en Lui seul, pour qu’Il soit leur seul espoir et pour qu’ils respectent uniquement Ses lois et Sa volonté. Sottement, ils commencent à nouveau à suivre les lois humaines. Comme si Dieu avait oublié quelque chose qu’ils doivent maintenant achever et perfectionner, ils essaient de se persuader que tel jour, tel mois, à telle ou telle période, on n’a pas le droit de faire ceci ou cela. (Cependant, je n’ai rien contre ceux qui font volontairement le carême pour la santé et la discipline de leur corps, s’ils ne surestiment pas le carême et ne deviennent pas orgueilleux ; il faut jeûner avec humilité.)
Mais lorsqu’on en fait une loi et qu’on se convainc qu’un non-respect de cette loi correspond à un péché, on stigmatise et salit sa conscience et se laisse tenter par une véritable idolâtrie...
En bref : Si tu veux jeûner, fais-le ! Si tu veux renoncer à manger de la viande, n’en mange pas ! Mais laisse le choix au chrétien ! ...
Et si ton prochain est offusqué par le fait que tu uses de ta liberté, il ne faut pas le mettre en difficulté ou le soumettre à une tentation sans raison particulière. Ce n’est que lorsqu’il comprendra la raison de ta liberté qu’il n’en sera plus offusqué (à moins qu’il ne te veuille du mal.) ...
Il faut plutôt expliquer aimablement ta foi à ton prochain et lui dire que lui aussi peut manger de tout et qu’il est libre de son choix.

***

Questions pour un travail plus approfondi

1. Pourquoi Zwingli s’oppose-t-il à la loi du carême ? Et quelle est la correspondance entre la loi du carême et la foi ?

2. Zwingli considère-t-il le carême indigne d’un chrétien ?

3. Quelle est la base de la liberté ?

4. Pourquoi les chrétiens ne doivent-ils pas user de leur liberté dans tous les cas ?

 

À Zurich, la situation devient de plus en plus compliquée et polémique. Le conseil de la ville s’adjuge le pouvoir de décision contestant ainsi la compétence officielle de l’évêque de Constance. Après une audition et une interdiction provisoire du refus du carême, une Dispute est fixée pour le début 1523. C’est lors de cette Dispute que le conseil de la ville veut prendre sa décision, en se basant sur les Saintes Écritures. Ainsi, les idées réformatrices de Zwingli se sont définitivement imposées à Zurich. À la question du carême s’ajoutent d’autres conflits. Zwingli critique la vénération des saints, ce qui provoque une polémique avec l’ordre mendiant. Mais le conseil invite même les membres de cet ordre à prêcher uniquement selon les Saintes Écritures. De plus, Zwingli revendique l’abolition du célibat et la protection de Luther, mis au ban de l’empire. C’est également en 1522 que Zwingli se prononce contre le rôle de Marie comme « médiatrice du salut. »
En août 1522, Zwingli déclare sa non-appartenance à l’église catholique romaine : selon lui, elle ne se fonde que sur des lois humaines. Erasme est consterné face à ces paroles intransigeantes.

Zwingli Zwingli prend de plus en plus le rôle du prédicateur prédominant à Zurich. Il vit depuis 1522 avec sa femme Anna Reinhart mais ne l’épouse qu’en 1524. Ils ont quatre enfants.

Le 29 janvier 1523 a lieu la première Dispute de Zurich. Il s’agit de savoir s’il existe des arguments contre le prêche de Zwingli. Le conseil veut prendre sa décision en se basant sur la Bible. Environ 600 participants viennent à la mairie de Zurich. De Constance arrive une légation menée par Jean Faber, qui ne doit pas participer au débat mais uniquement protester et observer. Le sujet central de la Dispute est le problème de l’autorité et la question de savoir qui a l’autorité absolue sur terre. Dès midi, le conseil a entendu suffisamment d’arguments pour décider que l’on ne peut pas suspecter Zwingli d’hérésie. Plus encore : désormais, tous les autres prédicateurs devront également se baser sur les Saintes Écritures pour prêcher. Lors de la Dispute, Zwingli formule 67 articles ou « conclusions », que les deux mots-clés suivants résument bien : « solus Christus », Jésus-Christ seul, et « sola scriptura », l’Écriture seule.

Extrait des deuxième et troisième des 67 articles ou conclusions :

Brièvement résumé, le message essentiel de l’Évangile est le suivant : notre Seigneur Jésus-Christ, véritable fils de Dieu, nous a communiqué la volonté de son père. Son innocence nous a sauvés de la mort et réconciliés avec Dieu. ... C’est pourquoi Jésus-Christ est la seule voie vers la félicité pour tous ceux qui ont existé, existent et existeront.

(Extrait de : H. Zwingli, Interprétation et justification des thèses ou articles (1523). Traduit par A. Leuchtweis et A. Golay, Montpellier, mars 2004, d’après l’édition allemande Huldrych Zwingli, Schriften vol. 2, 28.31)

***

Questions pour un travail plus approfondi

1. Quelles sont les deux dimensions que Zwingli appelle le « message essentiel de l’Évangile ? »

2. Que nous dit Jésus-Christ sur Dieu ?

3. Pourquoi Jésus est-il le seul chemin vers la félicité ?

Approfondissement théologique et controverses

Pour Zwingli, l’année 1523 est marquée par l’approfondissement théologique de ses pensées. Ces pensées concernent entre autres la distinction précise entre Dieu et la créature, le concept du péché, la doctrine de l’Église, l’importance de la justice et ainsi également la relation entre l’Église et l’État. S’annonce également sa nouvelle conception concernant l’Eucharistie : Zwingli ne voit plus la communion comme une transmission du salut.

Dans l’ensemble, on peut dire que Zwingli choisit un chemin de la Réforme qui lui est propre. Il n’est ni Luther ni Erasme mais développe une théologie autonome qui puise dans les idées des deux.

De la foi et de la rémission des péchés

Mais moi, j’ai dit que les péchés sont remis grâce à la foi. Je voulais uniquement dire par là que seule la foi peut assurer à l’homme une rémission de ses péchés.

Les péchés sont pardonnés à celui qui a confiance en Jésus-Christ. Comme nul ne peut savoir si un autre croit, personne ne peut savoir si les péchés d’autrui sont remis et pardonnés, sinon celui qui, grâce à la lumière et à la fermeté de sa foi, est certain de la rémission de ses péchés, parce qu’il sait que Dieu lui a pardonné par Jésus-Christ. Il est alors tellement certain de ce pardon qu’il ne doute en que la grâce lui ait été accordée en pardon de ses péchés) car il sait que Dieu ne peut pas mentir ni tromper.

(Extrait de H. Zwingli, Erklärung des christlichen Glaubens (1531). Traduit par A. Leuchtweis et A. Golay, Montpellier, mars 2004, d’après l’édition allemande Huldrych Zwingli, Schriften vol. 4, 294 et suiv.)

***

Questions pour un travail plus approfondi

1. A quel malentendu de la foi Zwingli s’oppose-t-il ?

2. Comment l’homme peut-il s’assurer de la rémission de ses péchés ?

3. Peut-on être sûr de sa propre foi ?

 

Outre l’approfondissement théologique, la Réforme gagne aussi du terrain dans la vie quotidienne. Les monastères se vident de plus en plus et beaucoup de curés se marient. La liturgie de la messe est sensiblement modifiée et simplifiée. En septembre 1523, les actions iconoclastes augmentent et provoquent des querelles. En octobre de la même année a lieu la Seconde Dispute à Zurich en liaison avec la réforme de la messe et les images dans les églises. Il en résulte une recommandation de ne pas recourir à la violence mais de convaincre avec des arguments. Cependant, la Dispute révèle également que la formation théologique des curés de la région est insuffisante. Il apparaît clairement que Zwingli et ses compagnons se retrouvent pris entre deux camps : d’un côté, les catholiques romains ou conservateurs et de l’autre, les radicaux.

Au cours des années 1523-1524, les idées de Zwingli gagnent de plus en plus de terrain à Zurich. L’opposition conservatrice (et donc catholique) se divise et perd de l’influence. À la Pentecôte 1524, le conseil décide de retirer les images, crucifix, statues et fresques murales des églises, mais il hésite à prendre une décision en ce qui concerne la réforme de la messe. Les radicaux perçoivent cette hésitation comme une provocation de sorte qu’une rupture avec eux semble proche.

EG242
(Cliquez sur l’image pour plus d’informations)

Cette rupture entre Zwingli et les radicaux devient effective en 1525, quand les radicaux, sous l’autorité de Konrad Grebel, fondent une petite paroisse dans le village de Zollikon, dans les environs de Zurich. L’idéal de Grebel est une paroisse de croyants. Le baptême des enfants constitue un problème dans cette conception. Dès 1524, certaines personnes refusent de faire baptiser leurs enfants, contre la volonté du conseil qui ordonne le baptême de tous les nouveau-nés. Une Dispute en 1524 ne donne aucun résultat. La fondation d’une nouvelle paroisse qui n’accepte que les baptêmes d’adultes (rebaptême) est, par conséquent, cohérente.
Par moments, Zwingli a lui-même des doutes par rapport au baptême des enfants. Mais face aux « anabaptistes », pour lesquels le baptême signifie l’appartenance à une communauté exclusive qui se détourne du monde, Zwingli développe une théologie du baptême très particulière.
Dans cette théorie, il s’oppose à la doctrine catholique romaine laquelle même Luther adopte partiellement. Selon Zwingli, le baptême n’est pas un moyen d’obtenir la grâce, le baptême en lui-même n’a aucun effet. Nous pouvons faire l’expérience de la rémission des péchés grâce à la promesse divine confirmée dans le prêche. Le baptême ne pardonne pas les péchés, pas plus que l’eau bénite, car il n’a pas de signification surnaturelle. Cette idée est commune à Zwingli et aux anabaptistes. Cependant, Zwingli maintient le baptême des enfants, bien qu’il ne puisse pas démontrer le caractère obligatoire du baptême. Zwingli argumente que selon la Bible, les enfants de chrétiens appartiennent déjà à Dieu et évoque l’existence de la circoncision des nourrissons dans l’Ancien Testament. Il établit un parallèle entre le baptême et la circoncision. De plus, il pense que la pratique du baptême des adultes mène à l’isolement d’une communauté qui se considère elle-même sans péché.
Ce que les anabaptistes subissent de la part des autorités dans les années qui suivent, en dehors de la discussion théologique, ne constitue pas un titre de gloire pour la Réforme : ils sont persécutés, chassés et parfois même assassinés.

Zwingli continue à écrire, entre autres « Le Berger », en 1524, dans lequel il dépeint le prédicateur évangélique comme un berger fidèle, par contraste avec de mauvais exemples. Un an plus tard, il écrit « Commentarius de vera et falsa religione », « Commentaire sur la vraie et la fausse religion », qui contient les idées principales de la doctrine évangélique en 29 chapitres. Ce commentaire est considéré comme l’œuvre principale de Zwingli. Au printemps 1525, il commence sa « Prophétie », une formation exégétique pendant laquelle on interprète la Bible et qui devient obligatoire pour les prêtres évangéliques. En 1531, la Bible de Zurich est publiée comme résultat de ces études. À Pâques 1525, un nouveau règlement de la liturgie de la messe est introduit à Zurich. Il est caractérisé par la clarté et la simplicité. Le sermon est au centre de la messe, les chants liturgiques et l’orgue disparaissent et les ustensiles de l’Eucharistie sont faits en bois.

La ville de Zurich est relativement isolée dans la Confédération helvétique. Elle n’est même plus invitée aux sessions du parlement. Cependant, dans plusieurs autres villes, la Réforme gagne du terrain. C’est le cas de St-Galle, Schaffhouse, Bâle et Berne. À Constance, la Réforme s’impose également. Zurich forme une alliance avec ces villes, « l’Alliance Chrétienne » (en allemand, « Christliches Burgrecht ».) Cette alliance représente une menace pour les cantons catholiques environnants, qui, pour leur part, forment « l’Association Chrétienne », avec entre autres la maison des Habsbourg comme alliée. Après un temps de crise, la guerre éclate : 30 000 soldats de l’alliance évangélique se retrouvent face à seulement 9 000 soldats des régions catholiques du centre de la Suisse. Mais comme seule une petite partie des évangéliques s’engage vraiment dans cette guerre et que les catholiques, minoritaires, n’ont aucune chance, ils parviennent rapidement à un accord, la première paix de Kappel, en 1529. Du point de vue de l’alliance évangélique et de Zwingli, le résultat n’est pas vraiment satisfaisant car le service de mercenaires n’est toujours pas interdit dans les régions du centre de la Suisse. Néanmoins, avec la première paix de Kappel, la Réforme s’impose dans d’autres parties de Suisse.

Outre les querelles extérieures, il existe également une opposition politique et religieuse à Zurich. Au niveau politique, il s’agit surtout des marchands, des nobles et d’autres groupes ayant des intérêts dans le service des mercenaires et dans le libre déroulement des échanges économiques. Au niveau religieux, il s’agit de nombreux conservateurs catholiques qui revendiquent la réintroduction de la messe quotidienne.

Dès 1523, Zwingli développe une conception de l’Eucharistie qui lui est propre. Contrairement à Luther, qui pense que, pour les croyants, le pain et le vin se transforment en corps et en sang de Jésus-Christ, Zwingli souligne que le pain et le vin symbolisent le corps et le sang de Jésus-Christ, qui fut livré sur la croix une fois pour toutes et qui est présent pour les fidèles dans le Saint-Esprit. Les éléments pain et vin ne garantissent pas la rémission des péchés mais rappellent ces événements. Celui qui célèbre l’Eucharistie confesse que notre présent a été transformé par la force de la réconciliation sur la croix.

La conception de l’Eucharistie selon Zwingli

Septièmement je crois, mieux : je sais que tous les sacrements sont loin de nous accorder la grâce et qu’ils ne peuvent pas même l’apporter ou l’administrer. ... En effet, comme c‘est le Saint-Esprit qui accorde ou donne la grâce, - j’utilise ce terme dans sa signification latine en utilisant le terme « grâce » pour le pardon, l’indulgence et le bienfait libre -, ce cadeau incombe uniquement à l’Esprit. Cependant, le Saint-Esprit n’a pas besoin de guide ni de médium puisqu’il est lui-même la force et le médium qui apporte tout : il n’a nul besoin d’être apporté. Dans les Saintes-Écritures, nous ne lisons nulle part que les choses visibles - que sont les sacrements- apportent l’Esprit avec certitude avec elles. Au contraire, s’il arrivait que les choses visibles soient un jour liées au Saint-Esprit, le médium en serait l’Esprit, et non les choses visibles.

(Extrait de H. Zwingli, Justification de la foi, 1523. Traduit par A. Leuchtweis et A. Golay, Montpellier, mars 2004, selon l’édition allemande H. Zwingli, « Schriften », vol. 4, 113)

Et comme ce souvenir est une action de grâce et une exultation au Tout-Puissant pour la bonne oeuvre qu’il a réalisée pour nous au travers de son fils, ceux qui participent à cette célébration, cène ou action de grâce témoignent de leur appartenance à ceux qui croient avoir été sauvés par la mort et le sang de notre Seigneur Jésus-Christ.

(Extrait de H. Zwingli, Action ou tradition de l’Eucharistie, 1523. Traduit par A. Leuchtweis et A. Golay, Montpellier, mars 2004, selon une édition allemande de 1927, « Huldreich Zwinglis sämtliche Werke », vol. 4, 1-24, 15)

***

Questions pour un travail plus approfondi

1. Selon Zwingli, pourquoi les sacrements n’apportent-ils pas la grâce par eux-mêmes ?

2. Quelle est la conception du « visible » présentée ici ?

3. Quelle est la tâche du Saint-Esprit ?

4. Que se passe-t-il pendant l’Eucharistie ? Quels effets a-t-elle ?

5. Dieu est-il présent dans l’Eucharistie?

 

Comme Luther et Zwingli ont des conceptions très différentes, ils ne peuvent pas se rencontrer : Luther considère Zwingli comme un renégat de la Réforme, un exalté. Zwingli a l’impression que Luther s’est arrêté au milieu du chemin. Tous deux rédigent de nombreux écrits sur l’Eucharistie, en partie délibérément par opposition à l’autre. Ainsi, Luther écrit : Contre les prophètes divins, sur les images et les sacrements [1525] ; Zwingli : Une explication claire sur la Cène de Jésus-Christ [1526] ; Luther : Que les paroles de Jésus-Christ, « Ceci est mon corps, etc. » se maintiennent fermement contre les esprits exaltés [1527] ; Zwingli : Que ces paroles : « Ceci est mon corps », etc. gardent éternellement leur ancienne signification [1527])
Convoqués par le prince Philippe de Hesse, Zwingli et Luther se rencontrent en octobre 1529 pour un colloque sur la religion, à Marburg, qui échoue finalement : Luther et Zwingli trouvent des accords sur tous les points excepté pour l’Eucharistie. Mais on peut également dire que la conception de l’Eucharistie révèle d’autres différends, qui étaient jusqu’alors demeurés dans l’ombre. (Illustration : le Colloque de Marburg)

En 1530 est célébrée, à Augsbourg, la Diète du Saint Empire romain germanique. À cette occasion, l’empereur veut reconstruire l’unité de l’Église. On procède à la lecture de la « Confessio Augustana » (Confession d’Augsbourg) rédigée par Philippe Melanchthon, devenue la confession déterminante de l’église luthérienne. Zwingli présente également une confession : « Fidei ratio » (Justification de la foi.) Contrairement à la Confession d’Augsbourg, qui vise le consensus et la réconciliation, Zwingli explique de façon offensive son interprétation de l’évangile et n’hésite même pas à énumérer les responsabilités, fautes et limites de l’empereur, par la parole de Dieu.

ZwingliZwingli continue à s’engager dans la politique de Zurich et beaucoup de ses idées, surtout celles concernant la politique extérieure après la paix de Kappel, sont prises en compte. Mais Zwingli ne peut pas réellement influer sur leur réalisation concrète. Ainsi, il a l’impression que sa position politique à Zurich perd de plus en plus d’influence. Il se sent abandonné et menace en 1531 de démissionner, ce qui est évité de justesse. Mais le conflit entre Zurich et ses alliés et les autres villes continue. Fin 1530, la Réforme n’a réussi à s’imposer que dans une petite partie du centre de la Suisse. Zurich décide d’exercer une pression en imposant, en 1531, contre l’opinion de Zwingli, un blocus alimentaire qui se solde par un échec flagrant. Les cinq villes du centre de la Suisse répliquent par une déclaration de guerre et leurs troupes se déploient à Kappel. Le 11 octobre 1531, environ 3 500 Zurichois sans armes sont mis en déroute par les soldats du centre de la Suisse, deux fois plus nombreux. En moins d’une heure, 500 Zurichois dont Zwingli sont tués, mais seulement 100 soldats de l’autre camp.