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Leçon 3
Jean Calvin, la Réforme à Genève et les débuts de la Réforme en France
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  1. Jean Calvin, le despote de Genève ?
  2. Enfance et années d’études (1509-1535)
  3. À quelle date Calvin s’est-il converti à la Réforme ?
  4. Du premier au deuxième séjour à Genève (1536-1541)
  5. La formation de l’Église de Genève
  6. Quelques idées théologiques fondamentales
  7. Le procès de Michel Servet
  8. Les dernières années de Calvin
  9. Théodore de Bèze, le successeur de Calvin
  10. L’évolution de l’Église réformée en France jusqu’en 1598

 

5. La formation de l’Église de Genève

Le premier prêche que Calvin prononce après son retour à Genève est la suite de son dernier prêche dans cette ville. Calvin fait comme s’il n’y avait pas eu d’interruption et renoue avec son séjour genevois de 1538. Mais sa position à Genève est désormais beaucoup plus importante puisqu’on lui a demandé de revenir pour réorganiser la ville et l’Église.

Genf

Calvin ne peut toutefois pas imposer toutes ses idées, par exemple, de célébrer l’Eucharistie tous les dimanches. On préfère adopter la coutume bernoise de célébrer l’Eucharistie tous les trois mois seulement.
D’autres questions soulèvent également des conflits. Calvin souhaite instaurer la discipline ecclésiastique et la mettre en pratique, ce qui signifierait que le consistoire aurait la possibilité de convoquer les paroissiens ayant commis un délit ou enfreint les enseignements pour les interroger, les blâmer voire les punir, les sanctions pouvant aller jusqu’à la sanction suprême de l’excommunication. Mais le conseil de la ville désapprouve cette idée, craignant une juridiction parallèle superposée à la juridiction officielle du gouvernement. Après de longues discussions, Calvin impose son idée, d’abord avec des concessions puis dans sa totalité en 1555.
Aujourd’hui, nous considérons le concept de la discipline ecclésiastique problématique car celle-ci semble restreindre les droits des individus. Mais ce n’est pas l’intention de Calvin. Il pense qu’une paroisse sûre de ses convictions doit veiller à la bonne conduite de ses membres afin de pouvoir remettre en question en cas d’infractions sérieuses, le fait que ces personnes puissent continuer à appartenir à la communauté. D’ailleurs, Calvin se sent, sur ce point, guidé et soutenu par Mathieu 18, où il est question de l’attitude à adopter à l’égard des paroissiens qui commettent des fautes.

La question de la discipline ecclésiastique est à l’origine de la plupart des conflits, entre autres avec le conseil de la ville. Mais, au sein de l’ordre ecclésiastique, la façon dont est dirigée et organisée la paroisse elle-même est encore plus importante. Avec Calvin, les quatre ministères sont devenus décisifs pour le chemin de l’église. La direction de l’Église est constituée de quatre ministères : les pasteurs, les professeurs, les anciens et les diacres.

  1. Les pasteurs doivent prêcher et enseigner, administrer les sacrements (baptême et Eucharistie) et visiter les malades. Une fois par semaine, la compagnie des pasteurs de la ville et des environs se réunit pour interpréter ensemble la Bible et s’évaluer mutuellement.
  2. Les professeurs ont pour fonction « d’enseigner la doctrine du salut aux croyants. » Au sens strict du terme, cela signifie interpréter l’Ancien et le Nouveau Testament. Des connaissances linguistiques et une formation générale s’avérant nécessaires pour que « ces cours portent leurs fruits », l’enseignement de ces disciplines fait également partie des fonctions des professeurs.
  3. Chaque année, douze anciens sont élus par les deux conseils. Ils forment le consistoire, avec six pasteurs élus par leurs pairs.
    Ce consistoire a pour fonction de veiller au respect de la loi ecclésiastique chez les paroissiens. Le consistoire et ses membres doivent « aimablement avertir ceux qu’ils voient commettre des fautes ou vivre dans des conditions désordonnées. » Les membres du consistoire se préoccupent donc de la conduite des paroissiens mais également de leur participation au culte et à l’enseignement. S’ils constatent une attitude méprisante ou des abus, ils doivent d’abord avertir aimablement les personnes concernées. Si cet avertissement n’est pas suivi d’effet, le consistoire peut également appliquer des sanctions comme l’excommunication ou une plainte auprès de la justice séculière. Mais ces deux sanctions sont très rarement appliquées. L’activité principale du consistoire est l’arbitrage en cas de conflits, souvent entre des conjoints. Le consistoire se réunit une fois par semaine, tous les jeudis. La loi ecclésiastique définit l’esprit selon lequel le consistoire doit agir comme suit : « Toutes ces dispositions doivent toujours être assez mesurées pour ne pas faire régner une sévérité pesante. Même les avertissements ne doivent être que des ‘remèdes’ pour guider les pécheurs vers notre Seigneur. »
    Le consistoire ne doit pas intervenir dans le domaine du pouvoir séculier ni à la juridiction officielle.
  4. Les diacres ont deux fonctions, soutenir les pauvres et soigner les malades. La première fonction consiste à recueillir les aumônes, à les redistribuer aux nécessiteux et à subvenir à leur alimentation. La deuxième fonction consiste à organiser les hôpitaux et les auberges accueillant les étrangers. Les soins médicaux sont gratuits pour les pauvres et, pour les enfants, un professeur travaille à l’hôpital. (Citations de la Loi Ecclésiastique, traduits par A. Leuchtweis et A. Golay, Montpellier, mars 2004.)
Des ministères ecclésiastiques
(extrait de la Loi Ecclésiastique de 1561)

« Notre Seigneur a créé quatre domaines ou types de ministères pour la direction de son Église : les pasteurs, les professeurs, les anciens et les diacres. Si nous voulons une Église ordonnée et saine, nous devons suivre cette forme d’organisation. »
Les pasteurs ont pour tâche d’annoncer la parole de Dieu, en public et aux individus, d’enseigner, d’avertir, de réprimander et de blâmer. Mais ils doivent également administrer les sacrements et procéder aux avertissements fraternels, en collaboration avec les anciens ou les délégués du conseil. »
« La fonction particulière des professeurs consiste à enseigner la doctrine du salut aux fidèles afin que la pureté de l’Évangile ne soit pas ternie par ignorance ni par les hérésies. »
La fonction des anciens « consiste à veiller à la conduite des individus et à avertir aimablement ceux qu’ils voient commettre des fautes ou vivre dans des conditions désordonnées. »
Les diacres ont « pour mission de recueillir les dons pour les pauvres, de les gérer et de les distribuer, de soigner les malades et de donner à manger aux pauvres. »

***

Questions pour un travail plus approfondi

1. Comment les quatre ministères sont-ils définis ?

2. Quel ministère est supérieur ?

3. Qui dirige la paroisse ?

 

Bien sûr, dans toutes les paroisses, certaines tâches doivent être accomplies. Certaines relèvent du domaine de l’enseignement et de la formation, d’autres touchent à des dimensions diaconales. Les ministères dans la paroisse sont définis par leurs tâches, c’est-à-dire fonctionnellement. Cette définition fonctionnelle distingue la conception de Calvin de toutes les définitions sacramentelles des ministères ecclésiastiques. Cette définition a pour conséquence qu’une personne reste titulaire d’un ministère aussi longtemps qu’elle en exerce la fonction. Le ministère n’est pas lié à la personne mais à la paroisse. Sur ce point, il existe des différences marquées avec les enseignements de Luther. Ce dernier se concentre sur l’unique ministère de l’Annonciation et de l’administration des sacrements, lié à l’ordination et la personne et non à la paroisse.

Gruppe mit Calvin
Farel, Bèze, Viret et Calvin

Outre son activité à Genève, Calvin essaie d’unir les différents courants évangéliques. Concernant l’Eucharistie, il parvient en 1549 à un accord avec la ville de Zurich, le « Consensus Tigurinus » (Consensus de Zurich.) Fondamentalement, c’est à ce moment-là que naît une sorte de « conception réformée de l’Eucharistie. »

L’Eucharistie (extrait de l’Institution 4,17,1 et 2)

Dieu nous a donné un gage pour nous assurer de son inépuisable bonté. C’est à cette fin qu’il a donné à son Église, par la main de son fils, le second sacrement, le banquet spirituel où Jésus-Christ nous témoigne qu’il est le pain de la vie dont nos âmes sont nourries jusqu’à l’immortalité véritable et bienheureuse (Jean 6, 51.)
D’abord il faut dire que les signes (de ce sacrement) sont le pain et le vin, qui symbolisent pour nous la nourriture spirituelle que nous recevons du corps et du sang de Jésus-Christ.
Or la seule nourriture de notre âme est en Jésus-Christ. Le Père céleste nous invite à nous en rassasier afin que nourris de sa substance nous soyons revigorés et gagnions de nouvelles forces jusqu’à ce que nous parvenions à l’immortalité du ciel.
Le mystère de la communion spirituelle en Jésus-Christ étant, par sa nature même, incompréhensible, Dieu nous en donne l’image par des signes visibles mieux adaptés à notre faible capacité. Plus encore, en nous donnant, pour ainsi dire, des gages de cette réalité spirituelle, il nous la rend ainsi aussi perceptible que si nous la voyions de nos propres yeux. Car il s’agit d’une parabole familière, accessible même aux esprits ignorants : nos âmes se nourrissent en Jésus-Christ comme le pain et le vin soutiennent nos corps dans cette vie terrestre. Nous comprenons donc l’objectif de ce sacrement qui est de nous assurer que le corps du Seigneur a été une fois pour toutes sacrifié et que son sang a été une fois pour toutes répandu pour nous. Ainsi, nous le recevons maintenant et en le recevant, nous sentons en nous l’efficacité de ce sacrifice unique. C’est pourquoi Jésus appelle la coupe « l’alliance en son sang » (Luc 22, 20; 1. Cor. 11, 25.) Car chaque fois qu’il nous donne son sang sacré à boire, il renouvelle, ou plutôt perpétue son alliance avec nous, qu’il a une fois pour toutes ratifiée par son sang et qui est destinée à renforcer notre foi.
Les âmes pieuses peuvent recevoir de nombreux fruits de confiance et d’amour de ce sacrement car celui-ci leur apporte le témoignage que Jésus-Christ est tellement présent en nous, et nous en lui, que nous pouvons appeler nôtre tout ce qui lui appartient.

***

Questions pour un travail plus approfondi

1. Quel est l’objectif de l’Eucharistie ?

2. Qui est alimenté lors de l’Eucharistie ? À qui l’Eucharistie apporte-t-elle quelque chose ?

3. Le pain et le vin sont-ils le corps et le sang de Jésus-Christ ?

4. L’Eucharistie est-elle nécessaire au salut ?

 

 

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