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Leçon 3
Jean Calvin, la Réforme à Genève
et les débuts de la Réforme en France
(Version
imprimable) (Forum
de discussion)
- Jean Calvin, le despote de Genève ?
- Enfance et années d’études (1509-1535)
- À quelle date Calvin s’est-il converti à la Réforme
?
- Du premier au deuxième séjour à Genève
(1536-1541)
- La formation de l’Église de Genève
- Quelques idées théologiques fondamentales
- Le procès de Michel Servet
- Les dernières années de Calvin
- Théodore de Bèze, le successeur de
Calvin
- L’évolution de l’Église réformée en France
jusqu’en 1598
6. Quelques idées théologiques fondamentales
La théologie de Calvin est très détaillée et d’une
grande diversité. Son Institution (la version définitive date
de 1559) constitue la première dogmatique protestante détaillée.
Dans cet ouvrage, le renouvellement réformateur atteint son apogée
en s’opposant à la tradition scolastique et en dialoguant en permanence
avec les écrits complets de l’Ancien et du Nouveau Testament.
L’Institution démontre que la pensée de Calvin est marquée
par deux pôles complémentaires : il souligne d’une part
la gloire, la majesté et l’omnipotence de Dieu incarné en
Jésus-Christ et, avec le même niveau d’importance, le salut
de l’homme. Calvin apparaît ici comme un élève (néanmoins
autonome) de Martin Luther. Les deux pôles, la gloire de Dieu et la délivrance
des hommes, ne font qu’un : c’est justement dans la rédemption
de l’homme et son incarnation que se manifeste la gloire de Dieu.
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« La connaissance de Dieu et la connaissance
de soi »
(Extrait
de l’Institutio I, 1, 1-2)
Toute notre sagesse - si elle mérite ce nom, si elle est
véritable et fiable - se résume en deux points :
la connaissance de Dieu et la connaissance de soi. Ces deux points
sont rattachés par des liens tellement multiples que l’on
ne saurait dire lequel est supérieur et lequel est à l’origine
de l’autre.
D’une part, quiconque s’examine ne peut ignorer que
c’est Dieu qui donne « la vie, le mouvement, et l’être » (Actes
17,28.) Car tous les dons qui constituent nos biens, nous ne les
tenons évidemment pas de nous-mêmes. Notre existence
même en tant qu’hommes consiste uniquement à trouver
notre essence dans le Dieu unique. Et d’autre part, les bienfaits
dont le ciel distille sur nous la rosée nous mènent
comme les ruisseaux à la source, et c’est justement
notre pauvreté qui nous fait comprendre plus clairement
l’infinie richesse de Dieu. C’est particulièrement
la décadence dans lequel nous a plongés la perte
de la foi du premier homme qui nous contraint à regarder
en haut : affamés et assoiffés, nous devons implorer
Dieu de combler le manque mais également apprendre l’humilité dans
la crainte de Dieu. ... Ainsi, la conscience de notre ignorance,
de notre vanité, de notre pauvreté, de notre faiblesse,
notre dépravation et notre corruption nous fait comprendre
qu’en Dieu seul se trouvent la lumière de la sagesse,
la force inébranlable, la surabondance de tous biens et
la justice véritable. Ce sont justement nos imperfections
qui nous tournent vers les biens de Dieu, il nous faut d’abord
commencer par être mécontents de nous-mêmes
pour aspirer réellement à Lui. Car naturellement,
l’homme préfère se complaire en lui-même
et y parvient assez bien – tant qu’il n’a pas
commencé à se connaître et ignore ainsi sa
misère ou refuse de la voir. Au contraire, quand nous commençons à nous
connaître, nous avons non seulement le désir de connaître
Dieu mais nous sommes conduits par la main à sa rencontre.
Mais l’homme ne peut en aucun cas se connaître véritablement
s’il n’a pas d’abord contemplé la face
de Dieu et de cette contemplation est conduit à se regarder
lui-même. Car un orgueil énorme nous est inné et
c’est pourquoi nous avons toujours l’impression d’être
irréprochables, sages et sacrés si nous ne nous confrontons
pas aux preuves de notre injustice, de notre corruption, de notre
stupidité et de notre impureté pour percevoir la
réalité. Mais tant que nous nous regardons nous-mêmes
sans regarder également le Seigneur, nous ne serons pas
convaincus : en effet, Dieu est la seule norme qui nous permet
de nous évaluer nous-mêmes. Par nature, nous avons
tous une tendance à l’hypocrisie. C’est pourquoi
une illusion de justice nous satisfait autant que la véritable
justice. »
***
Questions pour un travail plus approfondi
1. Qu’entend Calvin par sagesse ?
2. En quoi consiste la connaissance de soi selon Calvin
?
3. En quoi consiste selon Calvin la connaissance de Dieu
?
4. Quelle est la correspondance entre la connaissance de Dieu
et la connaissance de soi ? Laquelle est à l’origine
de l’autre ?
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La doctrine calviniste de la double prédestination, considérée
aujourd’hui à juste titre comme une théorie problématique,
s’explique par l’intérêt de Calvin pour la rédemption
et pour la certitude de celle-ci. Ce n’est pas la confiance de
l’homme qui est décisive pour le salut, parce qu’alors
l’homme serait sans cesse préoccupé par la qualité de
sa foi. C’est Dieu seul qui peut décider d’élire
ou de rejeter. La doctrine de la prédestination préserve
donc l’exclusivité de Dieu dans les questions du salut et
de la foi.
L’Ancien et le Nouveau Testament sont des témoignages du
même Dieu. C’est pourquoi il n’existe pas de différence
fondamentale entre les deux parties de la Bible. Il convient plutôt
de dire que les promesses de l’Ancien Testament sont déjà réalité dans
le Nouveau Testament. Dans l’Ancien testament, l’Évangile
n’est encore qu’une ombre tandis que le Nouveau Testament
présente la lumière elle-même. Sans nier les différences,
on peut constater que les similitudes sont nombreuses car c’est
la même alliance de Dieu avec les hommes qui est attestée
dans la Bible entière.
Pour cette raison, la loi n’existe pas en premier lieu pour que
l’homme prenne conscience de ses péchés (comme chez
Luther) mais son objectif réel est d’orienter sa vie selon
les commandements de Dieu. Ceci s’applique dans l’Ancien
comme dans le Nouveau Testament. Bien que les commandements nous fassent également
prendre conscience de nos péchés, cela ne peut pas annuler
cet objectif réel, qui est de nous montrer la bonne volonté de
Dieu.
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La conception de la loi
(Extrait de l’Institutio
II,7,12)
« La troisième et principale application de la loi,
qui appartient en propre à la finalité même
de la loi, a lieu parmi les fidèles, dans le cœur
desquels l’Esprit de Dieu vit et règne déjà.
Car bien que la loi soit gravée en leurs cœurs par
le doigt de Dieu, c'est-à-dire bien qu’ils aient été guidés
sous la direction du Saint-Esprit, qu’ils désirent
ardemment obéir à Dieu, ils profitent toutefois doublement
de la loi : car elle leur est le meilleur instrument pour apprendre
chaque jour plus profondément la nature de la volonté de
Dieu, à laquelle ils aspirent, et les confirmer dans la
connaissance de cette volonté. Un serviteur, bien qu'il
aspire de tout son coeur à bien servir son maître
et à lui complaire en tout, a toutefois toujours besoin
de mieux connaître et mieux appréhender les voies
de son maître, afin de s’y conformer. Il en est de
même pour tous les croyants. Et aucun d'entre nous ne doit
se dispenser de cette nécessité, car nul n'a encore
atteint une telle sagesse qu’il ne puisse, par l’enseignement
quotidien de la loi, progresser vers une connaissance plus approfondie
de la volonté divine.
Plus encore, parce que nous n’avons pas seulement besoin
d’enseignement mais aussi d’exhortation, le serviteur
de Dieu tirera également avantage de la loi : par une fréquente
méditation sur celle-ci, il sera incité à l’obéissance,
sera renforcé dans cette obéissance, et écarté du
chemin glissant du péché et de la désobéissance.
Car, de cette façon, les saints doivent persévérer,
puisque, quelque empressement qu'ils mettent à s'appliquer à bien
faire, la faiblesse de la chair leur est toujours un fardeau qui
les freine dans le plein accomplissement de leur devoir. »
***
Questions pour un travail plus approfondi
1. À qui s’adresse la plus importante
application de la loi ?
2. Quel est l’objectif réel de la loi
?
3. En quoi l’enseignement de la loi consiste-il
?
4. En quoi l’exhortation de la loi consiste-elle
?
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L’idée essentielle de la conception des sacrements chez
Calvin est la notion de la promesse de Dieu. Ce ne sont pas les éléments
en tant que tels qui apportent le salut. Lors de l’Eucharistie,
les éléments aident à exprimer la parole de la promesse.
Ainsi, la célébration sert à assurer et à conforter
les fidèles dans leur foi. Dans la célébration,
la promesse se réfère au Saint Eprit, qui « scelle » les
promesses dans les cœurs des hommes. Dans le catéchisme
de Genève, rédigé sous forme de questions et de
réponses, Calvin écrit « Es-tu convaincu que la force
et l’efficacité des sacrements ne sont pas inhérentes à un élément
extérieur mais naissent entièrement de l’Esprit de
Dieu ? Oui. Dieu souhaite révéler sa force par les moyens
du salut, destinés à cette fin. Il le fait de façon à préserver
toute la signification de son Esprit. »
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