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Leçon 4
La confessionnalisation réformée en Allemagne et en Haute-Allemagne
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  1. Introduction
  2. Martin Bucer et Strasbourg
  3. Jean a Lasco (Johannes a Lasco) et la Frise orientale
  4. Les comtés de Bentheim, Steinfurt et Tecklenburg
  5. Lingen
  6. Lippe
  7. Rhénanie et Basse-Rhénanie
  8. L’Association de Comtes de Wetterau (Wittgenstein, Nassau-Dillenburg-Siegen, Wied)
  9. Hesse-Kassel
  10. Électorat palatin et pays de Bade
  11. Allemagne de l’Est
  12. Les huguenots en Allemagne
  13. Bibliographie

 

2. Martin Bucer et Strasbourg

Martin Bucer et la ville de Strasbourg ne font que partiellement partie de l’histoire réformée. Car la Réforme dans cette région de Haute-Allemagne représente une Réforme indépendante, parallèle aux Réformes luthérienne et réformée.

Martin Bucer (son vrai nom est Butzer) est né le 11 novembre 1491 à Sélestat, en Alsace. À l’âge de 15 ans, il devient novice chez les Dominicains, fait des études de théologie à Heidelberg et quitte le monastère en 1521 pour devenir d’abord prêtre séculier. Sa participation à la dispute luthérienne de Heidelberg, en 1518, est décisive pour Bucer. Depuis cette date, sa théologie est très influencée par le message de la justification. Entre 1521 et 1523, Bucer se montre proche du chevalier impérial humaniste Franz de Sickingen, devient prêtre à Landstuhl et à Wissembourg et épouse l’ancienne nonne Elisabeth Silbereisen. En 1523, il est excommunié par l’évêque de Spire en raison de son mariage et de ses prêches réformés. Il revient dans sa ville natale, Strasbourg, y devient prêtre en 1524 et développe considérablement la Réforme, qui y avait été introduite plus tôt (entre autres par Wolfgang Capito.) Il développe une théologie qui lui est propre : elle contient des points communs avec celle de Luther mais Bucer affirme également sa différence. Les traits fondamentaux de la doctrine de la justification sont présents chez Bucer : l’homme ne peut pas se délivrer lui-même, il est profondément pécheur. Mais (et c’est ici que Bucer se distingue de Luther) cela ne veut pas dire qu’un homme croyant, et convaincu que seule la grâce de Dieu peut le sauver, peut cesser de faire des efforts. C’est plutôt l’esprit de Dieu qui donne aux croyants la capacité de servir leur prochain… et qui est à l’origine de diverses réformes au sein de l’Église ou de la société. Quelques années seulement après le début de son activité, dès le début des années trente, Bucer est reconnu comme le réformateur principal dans le sud de l’Allemagne. Il devient le conseiller de Philippe de Hesse, l’un des princes territoriaux précurseurs de la Réforme. En général, Bucer s’engage énormément pour une unification des différents courants protestants. Il travaille intensément (mais finalement sans succès) pour parvenir à une entente dans la question de l’Eucharistie entre les réformés luthériens de Wittenberg et les réformés de Zurich (desquels il se sent personnellement plus proche.) Luther n’accepte pas la position intermédiaire de Bucer et les Zurichois rejettent également les tentatives d’unification de Bucer après la mort de Zwingli. Luther obtient finalement un accord (plutôt formel) dans la question de l’Eucharistie entre Wittenberg et les territoires d’Allemagne du Sud, qui risquent l’isolement (Concordat de Wittenberg, de 1536.) Par conséquent, une majorité des territoires d’Allemagne du Sud se tournent vers la confession luthérienne.
Outre ses tentatives d’unification des différents courants évangéliques, Bucer fait également partie des protagonistes des colloques sur la religion de Hagenau, Worms et Regensburg (1540/41), qui ont pour objectif la réconciliation ou du moins un accord entre les Églises évangéliques et catholiques. Mais ces colloques échouent.
Entre-temps, les activités réformatrices de Bucer à Strasbourg se poursuivent, mais certains Strasbourgeois trouvent qu’il va trop loin. En 1548, Bucer doit quitter Strasbourg et se rend en Angleterre, plus précisément à Cambridge, où il obtient son doctorat de théologie et essaie de promouvoir la Réforme en Angleterre. Cependant, il ne se parvient jamais à s’adapter à ce pays. Bucer meurt en 1551. En 1557, ses ossements sont brûlés sur la place du marché de Cambridge, dans le cadre d’une période de recatholisation sous la reine Marie. Mais trois ans plus tard, Bucer est solennellement réhabilité par la reine Elisabeth I.
Deux ans après, Conrad Hubert, qui a travaillé pendant de longues années avec Bucer, écrit à propos de ce dernier : « ... Entre les fidèles serviteurs de Jésus-Christ... il n’était pas le moindre. » Les efforts inlassables de Bucer pour la réconciliation entre les différents courants religieux et son activité incessante influencent l’Église encore longtemps après sa mort. L’importance théologique de Bucer a été redécouverte au XXe siècle.

 

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