6. L’Église protestante des Frères de Bohème

À l’époque de la Réforme existe en Bohème et en Moravie « l’Union des Frères de Bohème et de Moravie » basée principalement sur la tradition hussite mais également sur les traditions vaudoises et autres. Il y a des contacts entre Martin Luther et le frère Luc, qui marque l’Union des Frères au début du XVIe siècle. Mais dans le contexte des querelles religieuses, l’Union des Frères suit plutôt le chemin de l’Église réformée. À partir de 1618, la Bohème et la Moravie sont recatholisées sous la contrainte après la victoire des troupes de l’empereur de Habsbourg sur l’armée cantonale. 27 leaders spirituels sont exécutés et écartelés. Plus de 1 200 ecclésiastiques doivent quitter le pays. Avec eux, partent plus de 36 000 familles. Ainsi, la population est réduite des deux tiers et l’âge d’or et la richesse du pays sont anéantis. Les émigrants se rendent dans la région de Saxe, en Silésie et également en Pologne. D’autres vivent dans la clandestinité. En Pologne, au XVIIe siècle, Jan Amos Comenius est le théologien le plus important. En 1781, « l’Édit de tolérance » de l’Empereur habsbourgeois Joseph II légalise de nouveau la confession protestante. Par conséquent, environ 66 000 tchèques adhèrent à l’Église réformée. En 1789, il existe déjà 73 paroisses.


Jan Amos Comenius
(1592-1670)

 

Extrait de « l’Édit de tolérance » de l’empereur Joseph II (1781)

Convaincu d’une part de la nocivité de toute contrainte dans les questions de conscience et d’autre part du grand avantage d’une véritable tolérance chrétienne pour la religion et l’État, nous avons décidé solennellement d’accorder aux fidèles de la confession d’Augsbourg et de la confession helvétique le droit... d’exercer leur religion partout et de façon appropriée. ... La religion catholique romaine seule jouira de la prérogative d’un exercice public de son culte.

1. ... En ce qui concerne les lieux de culte, nous ordonnons de façon explicite - si ce n’est pas déjà le cas - qu’elles n’aient ni carillonnement de cloches ni clocher, ni entrée publique donnant sur la rue afin qu’elles ne ressemblent pas à des églises...

7. Les non-catholiques peuvent être admis à l’achat de maisons et de biens, aux droits de citoyenneté et de maître artisan, aux titres académiques et à l’exercice de fonctions publiques... et ne doivent pas être exhortés à prononcer d’autres formules de serment que ceux qui correspondent à leurs principes religieux, ni à participer aux processions ou aux fonctions de la religion dominante...

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Questions :

1. Quelle conception de la tolérance transparaît dans cet Édit de tolérance ? Est-elle identique à la conception moderne de la tolérance ou diffère-t-elle de celle-ci ?
 

2. Pourquoi accorde-t-on aux Églises évangéliques (« d’Augsbourg » = luthériens, à cause de la Confession d’Augsbourg, de 1530, « helvétiques »= réformés, à cause de la Confession Helvétique postérieure, de 1566) le droit d’existence et le droit d’exercer leur religion mais seulement un espace public restreint ?
 

3. Y a-t-il des différences entre catholiques et protestants en ce qui concerne les droits de citoyenneté ?

   

Mais l’égalité des droits des différentes confessions n’existe pas encore : les croyants protestants doivent, par exemple, verser une contribution pour payer les curés catholiques romains. Les prêtres protestants sont tolérés mais absolument pas soutenus par l’État. Jusqu’en 1861, l’Église réformée se développe plus lentement que la population : cinq nouvelles paroisses seulement sont fondées. Dans la même année, l’empereur François Joseph Ier promulgue un décret intitulé « Édit des protestants » : celui-ci assure l’égalité des droits aux protestants et par conséquent, les Églises luthérienne et réformée gagnent de nombreux nouveaux membres. En 1919, les Églises réformée et luthérienne s’unissent pour former « l’Église protestante des Frères de Bohème. » Ce nom exprime la continuité de l’histoire bohémienne. Au cours des années suivantes, de nombreux catholiques se convertissent à cette Église mais après 1945, elle perd de l’importance. Aujourd’hui, 13 000 paroissiens répartis sur 264 paroisses appartiennent à « l’Église des Frères de Bohème. » La faculté Comenius, à Prague, est une institution d’une grande importance pour cette Église.