4. Confessions de foi des territoires allemands

La première confession rédigée sur le territoire allemand est la Confession de Frise orientale (1528), également appelée la Confession des Prédicants. À partir de 1520, il existe des activités réformatrices en Frise orientale, qui sont d’ailleurs davantage influencées par Zwingli que par Luther. Cette position zwinglienne, particulièrement évidente dans la doctrine de l’Eucharistie, se retrouve dans la Confession de Frise orientale, qui détaille en 33 articles la « somme des doctrines chrétiennes des prédicants en Frise orientale. » Officiellement, la Confession n’est jamais adoptée par les autorités car, en 1528, les prédicateurs sont libres de choisir leur doctrine. Cependant, cette confession avait acquis une importance dépassant les paroisses locales (mais néanmoins limitée à la région.)
La Confessio Tetrapolitana (Confession des quatre villes) est rédigée pour la Diète du Saint Empire romain germanique, en 1530, tout comme la Confessio Augustana, la principale confession luthérienne, et la « Fidei ratio » de Zwingli. Son objectif est de développer la position protestante du sud de l’Allemagne. Cette confession est influencée aussi bien par Luther que par Zwingli. Dans la doctrine des sacrements, elle cherche également à concilier les deux réformateurs. Sur requête de la ville Strasbourg, à laquelle se joignent ensuite Memmingen, Lindau et Constance, Martin Bucer et Wolfgang Capito rédigent un texte qui n’a finalement pas été présenté lors de la Diète.
En 1554 est publié le Petit Catéchisme d’Emden, qui succède à une version plus longue de 1546. Les deux textes sont rédigés par Johannes a Lasco, superintendant en Frise orientale de 1543 à 1549 et qui séjourne de nouveau à Emden entre 1554 et 1555. Alors que le premier catéchisme n’est appliqué que très peu de temps en raison de sa longueur, le plus récent avec ses 94 courts paragraphes est utilisé « au profit de la jeunesse en Frise orientale », selon les termes du titre du catéchisme. Le Petit Catéchisme d’Emden reste en vigueur en Frise orientale jusqu’au XXe siècle.
La confession principale rédigée sur le territoire allemand est le Catéchisme de Heidelberg écrit en 1563 dans la ville de Heidelberg. La Réforme réformée est introduite progressivement dans l’Électorat palatin jusqu’en 1560. Cependant, la coexistence avec des luthériens stricts, des partisans de Melanchthon et des réformateurs convaincus, ne se fait pas sans tensions. Le prince électeur Frédéric Guillaume III, qui règne de 1559 à 1576, adopte une seule position afin de préserver l’union. Il s’agit de la foi réformée, surtout en raison de la doctrine de l’Eucharistie. Son objectif est d’y intégrer certaines idées de Luther et de Melanchthon. Le Catéchisme de Heidelberg est le document attestant de ces tentatives réformistes. On ignore toujours aujourd’hui qui l’a rédigé. L’auteur principal est probablement un professeur de théologie de Heidelberg et élève de Melanchthon, Zacharias Ursinus (1534 à 1584.) Encore récemment, il est affirmé que Caspar Olevian (1536 à 1587) a collaboré à son élaboration, mais cette position est toujours controversée.


Zacharias Ursinus (1534-1584)

Le Catéchisme de Heidelberg a pour objectif d’unir les courants protestants divergents dans l’Électorat palatin. C’est pourquoi on retrouve des idées luthériennes et réformées dans de nombreux paragraphes du Catéchisme de Heidelberg. Cela apparaît clairement dans la question et la réponse 1. Il est question de la seule consolation dans la vie et la mort – question inspirée par la théologie luthérienne qui s’adresse à l‘homme aspirant à la consolation. La réponse contient des idées plutôt issues de la théologie réformée dans la mesure où elle ne fait pas directement allusion à justification mais se réfère à celui qui justifie, celui entre les mains duquel se trouve le questionneur : « … que je n’appartiens pas à moi-même mais à notre fidèle Sauveur Jésus-Christ. » Les autres énoncés de la question et la réponse 1 décrivent ensuite l’action de Jésus-Christ. Cet exemple, qui peut être illustré par de nombreux autres textes, montre que des idées luthériennes sont fréquemment intégrées dans un schéma réformé de base. Cependant, certaines idées théoriques importantes de Calvin (par exemple la doctrine de la prédestination) ne sont pas inclues dans ce catéchisme.

Question et réponse n° 54 du Catéchisme de Heidelberg

Que crois-tu de « la Sainte Église universelle ? »

Que depuis le commencement du monde et jusqu’à la fin, le Fils de Dieu, par son Esprit et sa parole, rassemble, protège et maintient, dans l’unité de la vraie foi, une communauté élue pour lui de tout le genre humain en vue de la vie éternelle. De cette communauté je suis un membre vivant et le resterai éternellement.

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Questions :

1. Dans cet extrait de texte, tout comme d’autres textes de la période de la Réforme (et pas seulement de cette époque) est présenté le concept de « l’élection. » Comment ce concept est-il exprimé dans la réponse n° 54 du Catéchisme de Heidelberg ?

2. À partir de quand l’Église existe-t-elle selon le Catéchisme de Heidelberg ? Et jusqu’à quand ? Et que cela pourrait-il signifier ?

3. Comment le Catéchisme de Heidelberg définit-t-il la relation entre la paroisse et le paroissien ?
 

 

Au fond, tout est dit dans la question et la réponse 1. Les trois paragraphes suivants sont une interprétation de la première question et réponse : 1. De la misère de l’homme (3 à 11), 2. De la délivrance de l’homme (12 à 85), 3. De la gratitude de l’homme (86 à 129.) C’est pourquoi le Catéchisme de Heidelberg est également appelé un « catéchisme analytique. » Dans tous les paragraphes, l’idée centrale du Catéchisme de Heidelberg consiste à décrire l’action de Dieu en Jésus-Christ avec et pour les hommes, qui constitue la seule consolation de l’homme dans la vie et la mort.


Timbre « le Catéchisme de Heidelberg »

Le Catéchisme de Heidelberg a rempli plusieurs fonctions dans l’Électorat palatin. Tous les Dimanches, un paragraphe était lu pendant le culte, de sorte que le texte entier était présenté en une année. Dans l’enseignement, il servait à l’instruction religieuse élémentaire. Pour les pasteurs, il représentait la norme doctrinale subordonnée aux Saintes Écritures et, dans les familles, il servait de livre de dévotion. Peu après sa publication, ce catéchisme se répand largement dans toute l’Allemagne et en dehors de ses frontières. Des premières traductions en néerlandais, polonais et hongrois suivent rapidement. Au total, il est traduit en 40 langues environ. Lors du synode de Dordrecht, en 1618/19, il reçoit expressément le statut de confession de foi.
Le Catéchisme de Heidelberg est devenu de loin la plus importante confession réformée d’Allemagne. Les autres confessions réformées allemandes n’ont qu’une importance territoriale et temporelle très limitée ; en font partie la Confession de Nassau de 1578, la Confession de Brême de 1595, le Livre de Staffort de 1599, la Confession du Synode Général de Kassel et le Catéchisme de Hesse de 1607 (qui est néanmoins utilisé en Hesse jusqu’au XXe siècle), la Confession de Bentheim de 1613 et la Confessio Sigismundi de 1614.